DROITS DE L'HOMME
Des élus scandalisés
par l'état des prisons
Après des visites de maisons d'arrêt dans le cadre de l'opération "retour à la case prison" lancée par des associations et syndicats, des députés s'indignent de l'état des prisons et du surpeuplement carcéral.
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es députés et sénateurs
ayant répondu à l'appel intitulé "retour à la case prison" lancée par
des associations et syndicats ont visité ces derniers jours différentes prisons
françaises, s'indignant à leur sortie de l'état de ces dernières et surtout de
la surpopulatyion carcérale qui règne dans l'hexagone.
Ainsi le sénateur socialiste de l'Isère Louis Mermaz a déclaré jeudi 17 juin,
au lendemain de sa visite du quartier disciplinaire de la plus grande maison
d'arrêt d'Europe à Fleury-Mérogis (Essonne) qu'"on comprend que l'Europe
se soit fâchée". "Au quartier d'isolement, les détenus ont droit à
trois douches par semaine, le reste du temps, ils disposent d'un bout de
robinet au-dessus des latrines. De quoi se laver les mains et le visage!",
s'est indigné l'élu.
"La surpopulation est effrayante", a-t-il souligné. "Pour 3.184
places théoriques, ils sont entre 4.400 et 4.500 détenus et il y a eu des
pointes à 5.600! Ceci alors que sept ailes des bâtiments sont
désaffectées!", a déploré l'élu.
Traitement inhumain et dégradant
En janvier, le Comité anti-torture (CPT), émanation du Conseil de l'Europe
siégeant à Strasbourg, a dénoncé dans un rapport confidentiel la surpopulation
carcérale en France, estimant qu'elle pouvait entraîner des conditions de
détention s'apparentant à "un traitement inhumain et dégradant".
Louis Mermaz et Yves Dauge, sénateur PS d'Indre et Loire, ont passé trois
heures à la maison d'arrêt. Selon M. Mermaz, le quartier disciplinaire de
Fleury-Mérogis, où se trouvent confinés 60 détenus, est "immonde. C'est le
moyen âge, un cul de basse fosse". "Quant à ce qui y sert de cour de
promenade, on n'oserait pas y mettre un ours", a-t-il ajouté. Il a
également souligné les problèmes rencontrés par les surveillants qui regrettent
de ne pas pouvoir effectuer le travail de réinsertion, qui fait partie de leurs
missions.
Surpopulation
Mercredi déjà, les deux sénateurs socialistes de la Gironde, Philippe Madrelle
et Bernard Dussaut, ont condamné la surpopulation carcérale à la prison de
Gradignan, dans la banlieue de Bordeaux, où ils s'étaient rendus mardi.
"Cette prison fait 480 places. Or il y a actuellement 780 détenus", a
déploré Bernard Dussaut.
"Nous voulions donc nous rendre compte de la situation, qui est
incontestablement difficile", a-t-il ajouté. "La promiscuité pose
énormément de problèmes, encore plus à l'approche de l'été, avec les
températures élevées", a-t-il ajouté.
La sénatrice (PCF) Nicole Borvo avait inaugurée l'opération mardi avec une
opération à la prison de Villepinte. "Les douches sont assez dégueulasses
en plus d'être en nombre insuffisant", "j'ai parlé avec un gars qui
courait dans une petite cour de 25 mètres carrés, c'était sordide",
"un détenu m'a dit qu'il avait acheté un appareil pour diffuser de la
musique 30% plus cher qu'à l'extrérieur", a-t-elle raconté en vrac à la sortie.
Conditions inadmissibles
Le sénateur Marie-Christine Blandin (Verts) a également dénoncé mardi "la
surpopulation maximale" dans les prisons mais surtout les conditions de
détention "inadmissibles" de la maison d'arrêt de femmes de Montluc,
à Lyon, après une visite-surprise de l'établissement qui abrite 63 détenues
pour 24 places. "On n'a pas ici une qualité de vie digne des droits de
l'homme au XXIème siècle", a estimé l'élue qui a salué l'action
"admirable" d'un personnel "étonnamment inventif et
attentif", alors que les autorités "laissent le bâtiment pourrir et
enferment les gens dans des situations insalubres".
Elle a notamment déploré que certaines cellules de cet établissement mis en
service en 1920 comptent 4, voire 6 détenues, et que sous la verrière du
deuxième étage qui abrite des cellules, le service médical de suivi
psychologique et la cellule disciplinaire, la température ait atteint 45 degrés
l'été dernier.
"Le gouvernement n'investit pas un euro là-dedans. Il nous met en
perspective un programme de construction de prisons dont on ne voit pas le jour
et qui est une réponse répressive à la volonté Sarkozy-Perben, c'est
scandaleux", a estimé l'élue écologiste.
En 2000, deux rapports parlementaires ont jugé les conditions de détention
"souvent indignes", et qualifié les prisons françaises
d'"humiliation pour la République".
© Le Nouvel
Observateur 1999/2000