mardi 7 mars 2006, 20h41

 

Robert Badinter lance les "Etats généraux de la condition pénitentiaire"

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PARIS (AFP) - L'ex-ministre de la Justice Robert Badinter a donné mardi le coup d'envoi d'une vaste consultation du monde judiciaire et carcéral, y compris des détenus, qui aboutira à des "Etats généraux de la condition pénitentiaire" pour qu'une réforme de la prison soit "une priorité".

"Nous piétinons" depuis des années malgré des rapports très critiques sur la situation des prisons, a estimé l'ancien ministre socialiste. D'où l'idée de lancer, à la veille des échéances électorales de 2007, un vaste débat "pour libérer la parole" sur la condition carcérale et "interpeller chacun des candidats".

Le résultat de ces Etats généraux qui auront lieu en octobre à Paris sera "une injonction à agir pour les responsables politiques de ce pays", a renchéri Gabriel Mouesca, président de l'Observatoire international des prisons (OIP), à l'origine de l'initiative soutenue par dix associations et syndicats.

Rappelant que l'on juge une société à la façon dont elle traite ses détenus, Me Henri Leclerc, de la Ligue des droits de l'homme (LDH) a estimé qu'une "révolution était nécessaire". Il a exprimé l'espoir qu'on "inverse la situation de 2002 avec une concurrence entre les candidats" sur la réforme des prisons.

Originalité de cette consultation, la parole sera donnée aux détenus "pour la première fois sujets de droit", par le biais de questionnaires disponibles à partir du 31 mars qui leur permettront d'exprimer leurs attentes.

"Il convient que les questionnaires parviennent aux détenus et qu'ils les renvoient. Je ne conçois pas que cela puisse être fait en opposition avec l'Administration pénitentiaire", a souligné M. Badinter.

Cette question doit être prochainement évoquée avec la Chancellerie. Les questionnaires seront dépouillés cet été et aboutiront après des réunions régionales à la rédaction de "cahiers de doléances".

Au nom de l'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire), Dominique Barella a regretté que la prison soit "devenue la peine centrale et la quasi disparition des peines alternatives".

Prônant une réforme immédiate de la garde à vue et de la détention provisoire, il a dénoncé "le bal des faux culs" au début des auditions de la commission d'enquête parlementaire sur Outreau, et ceux qui ont voté des lois "à l'insu de leur plein gré".

Gérard Ttcholakian du Conseil national des Barreaux (CNB, l'ensemble des avocats) a insisté sur "la part de responsabilité des politiques" dans la situation des prisons, dénoncée en février dans un rapport très critique du commissaire aux droits de l'Homme du Conseil de l'Europe Alvaro Gil-Robles.

M. Gil Robles s'est félicité de cette "formidable réflexion", dans un message aux participants, auxquels il "souhaite le plus grand succès". "La réforme passe certainement par une telle sensibilisation. Votre initiative est un pas important dans cette direction", écrit-il.

Outre l'USM, La LDH et le CNB, le Syndicat de la magistrature (gauche), le Syndicat des Avocats de France (SAF), le FNUJA (jeunes avocats), la CGT pénitentiaire, le SNEPAP (travailleurs sociaux), la FNARS (Fédération nationale des associations d'accueil et de réinsertion sociale) et Emmaüs soutiennent l'opération.