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La seconde statuait les semaines impaires. Jocelyne Rubantel, arrivée en 2001, n'a eu à se prononcer que sur des demandes de remise en liberté. Elle les a rejetées, car "le dossier n'était pas vide".
"J'AI LA TROUILLE"
Mais ces deux juges ont présenté des visages très différents de leurs fonctions. M. Marlière est venu avec sa pile d'ordonnances de refus de remise en liberté, rangées dans des chemises de couleur. Au cours d'un long exposé, il a justifié ses décisions (validées par la chambre de l'instruction) tout en détaillant les difficultés matérielles du JLD, un "spectateur épisodique du dossier", selon lui. "Je n'étais pas en mesure de respecter la fameuse circulaire de 2002 sur les onze heures consécutives de repos qu'un magistrat devait respecter entre la fin d'une audience et la reprise de ses activités", a-t-il déclaré.
"A lire les PV", lui a fait remarquer le rapporteur de la commission, Philippe Houillon (UMP), les débats menés par le JLD "se passaient de façon sommaire". M. Marlière : "Je ne sais pas, au moment où j'ai rendu mon ordonnance, quelle était ma charge de travail." Le rapporteur : "La détention des personnes dépend de la charge de travail ?" Le juge : "Je fais avec les moyens du bord. Ça ne vous plaît peut-être pas, mais c'est comme ça."
Jocelyne Rubantel a décrit les mêmes conditions de travail, intenables. Mais elle a souligné qu'elles ne devaient pas "empêcher le juge de respecter son serment" et confié : "J'ai la trouille. Quand je suis en audience correctionnelle ou au (poste de) JLD, j'ai peur de me tromper." Statuer sur la détention dans un dossier en cours d'élaboration, a-t-elle expliqué, c'est chercher l'équilibre "sur des sables mouvants". Le juge des libertés devrait pouvoir travailler dans des conditions de sérénité absolue, a ajouté la jeune femme, "mais rien autour de nous ne nous y amène réellement".
Logés à la même enseigne que les avocats, les JLD d'Outreau n'avaient pas copie du dossier d'instruction, faute de moyens. Ils ont aussi travaillé sous la pression. De ce point de vue, le risque de "trouble à l'ordre public", évoqué par la loi pour justifier la détention provisoire, pose de nombreuses difficultés. Dès que la presse s'est intéressée à l'affaire, a rappelé Mme Rubantel, "cette notion est devenue très différente" : "J'ai le souvenir de gens emmenés par les forces de police, et 30-40 personnes qui criaient "A mort les pédophiles !""
Quant au débat contradictoire organisé pour statuer sur le placement en détention, il est, selon la magistrate, "une forme d'hypocrisie", car le JLD n'est pas saisi des faits : "Tout le monde parle des faits sans en parler. Au milieu, la personne concernée (le mis en examen) est ébahie. Le juge ne dispose d'aucune indication sur la personnalité du mis en examen. Il n'a pas d'expertise. Il n'a pas le pouvoir de dire au juge d'instruction d'aller dans telle ou telle direction. Il n'est jamais contacté au téléphone. On ne vient pas dans son bureau."
La loi, a expliqué Mme Rubantel, a fait du JLD "un juge dépourvu de sensations". Devant des députés impressionnés, elle a conclu : "Je me suis rarement sentie aussi mal à l'aise dans des fonctions pénales. J'ai découvert physiquement ceux qui ont été condamnés ou acquittés à la télévision, lors du procès de Saint-Omer. Jamais je n'ai pu me faire une autre idée que celle du dossier papier."