Société
Le procès des marchés truqués
d'île-de-France
Cinquante ans de
sursis
Politiques et entrepreneurs, la
plupart des 47 prévenus ont été condamnés.
jeudi 27 octobre 2005
«Messieurs les prévenus, veuillez vous lever.» Comme un seul homme, 45
personnes (2 des prévenus sont absents) se dressent plus ou moins fièrement sur
leurs ergots. Il y a là le gratin du BTP, dirigeants de Bouygues, Spie,
Lyonnaise et Générale des eaux ; des soutiers du financement occulte, trésoriers
de différents partis ; et seulement deux ténors politiques : Michel Giraud,
ex-président RPR de la région Ile-de-France, Michel Roussin, ex-directeur de
cabinet de Chirac (à Matignon et à la mairie de Paris). Ils écoutent stoïquement
le jugement dans «une affaire monstrueuse, la plus grosse affaire de
financement politique jamais jugée en France», comme l'avait qualifiée le
parquet lors de son réquisitoire : un marché truqué de 24 milliards de francs
(pour la rénovation de 471 lycées franciliens, entre 1988 et 1995) contre le
versement de 200 millions de francs aux principaux partis. Les peines
s'égrènent. Au total, cinquante années de détention. Avec sursis. La justice est
passée, tout le monde est condamné ou presque (cinq relaxes). Mais personne
n'ira en prison. «Chambellan». En haut de l'affiche, Giraud et Roussin écopent chacun
de quatre ans avec sursis. Michel Giraud a beau être un second couteau du RPR,
il était quand même président en titre du conseil régional. Il échappe à la
prison ferme requise par le parquet, grâce à une erreur de procédure. A ses
côtés, Roussin est désigné comme le co-chef d'orchestre de la corruption en
bande organisée. Il n'était pourtant que le «chambellan à la bouche cousue de
fil blanc» de Chirac, selon les mots du parquet. Donc sans aucune fonction
institutionnelle, mais la rumeur lui a attribué la charge des basses oeuvres
chiraquiennes. Son avocat, Me Pierre Haïk, tente de positiver : le procès a
permis de le dépeindre comme «un homme d'honneur dont la loyauté ne peut être
mise en cause». Puis deux technocrates du conseil régional, Gilbert Sananès et Christine Lor,
écopent de trois et deux ans avec sursis. Viennent les petites mains : quinze
mois pour Gérard Peybernès, ex-directeur de l'association de financement du PS ;
quinze mois pour Jean-Pierre Thomas, ex-trésorier du PR ; vingt mois pour
Louise-Yvonne Casetta, «l'intendante» du RPR. Ne manque que le PC, bénéficiaire
de dons du BTP mais jamais poursuivi, faute de preuve. Les Verts et le FN sont
les seuls partis à avoir dénoncé la combine. Grand perdant. Le grand gagnant de l'affaire est Gérard Longuet,
ancien président du PR, relaxé. Seul haut responsable poursuivi, Longuet s'était
énervé à l'audience en hurlant au tribunal : «Où est le président du RPR ? Où
est le président du PS ?» Faute d'avoir eu le courage de les poursuivre
également, la justice française ne pouvait qu'épargner Longuet. Le grand perdant est l'écologiste François Donzel, seul condamné à de la
prison ferme (trois ans dont deux avec sursis). Ancien bras droit de Brice
Lalonde, financé en liquide aussi bien par les socialistes que par les
balladuriens, ce qui alimentait son compte en Suisse, il avait vraiment tout
contre lui. L'UMP Guy Drut, ancien champion olympique du 110 mètres haies,
ancien ministre des Sports, est également condamné pour emploi fictif dans le
BTP. Les dirigeants du bâtiment respirent. La plupart sont condamnés de trois à
douze mois avec sursis. Ils pourront donc repartir en affaires comme si de rien
n'était. Car s'il s'agit bien de la plus grosse affaire de marchés truqués, ce
n'est certainement pas la dernière.
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