vendredi 6 janvier 2006, 13h59
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Le président de la Cour de cassation défend les juges
PARIS (Reuters) - Le
premier président de la Cour de cassation tire la sonnette d'alarme sur le
malaise des juges en France et demande que ces magistrats, aujourd'hui
"humiliés et déprimés", soient mieux considérés par la société.
Guy Canivet livre dans le
quotidien Le Monde daté de samedi une réflexion sur l'état de l'institution
judiciaire au lendemain de l'affaire d'Outreau où la justice a été stigmatisée.
Le premier président de la
cour de cassation, qui siège depuis bientôt huit ans au sommet de la hiérarchie
judiciaire française, devait prononcer vendredi ce discours, en présence du
Premier ministre Dominique
de Villepin, lors de l'audience solennelle de la Cour.
Les juges sont
"aujourd'hui humiliés et déprimés : c'est un phénomène réel qui est à
prendre au sérieux", affirme Guy Canivet pour qui "c'est un sentiment
collectif".
Pour autant, dit-il, les
juges "ne dédaignent pas ce qu'ils font". "Ils regrettent que
l'attachement à leur mission, leur fierté de la bien remplir, leur honneur
professionnel ne soient pas justement reconnus".
"Astreints à un métier
exposé et difficile, ils mériteraient peut-être d'être un peu considérés",
estime Guy Canivet, qui met l'accent sur leur "malaise, les doutes, la
tension morale, les angoisses, l'environnement de violence" auxquels ils
sont exposés quotidiennement.
"Qui, par exemple,
connaît les doutes d'un juge d'instruction au moment de demander une mise en
détention, la tension du juge requis de l'ordonner ?", lance-t-il.
Guy Canivet soulève aussi
la question du très jeune âge auquel est recruté le juge, "investi très
tôt des plus grandes responsabilités". "Il n'est pas toujours armé
pour se protéger de la tentation des héros purificateurs. D'autres sont, selon
lui, au contraire guettés par "l'habitude, le renoncement, le cynisme, la
fatigue, la paresse ou l'encombrement".
"Quoi qu'on dise ces
jours-ci, de leur vaine assurance, de leur arrogance, les meilleurs d'entre
nous savent que juger autrui ne se fait pas sans modestie, sans crainte,
crainte permanente, crainte salutaire de n'avoir pas la science, de n'être
point en grâce de discerner le juste de l'injustice", souligne Guy
Canivet.