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Société

Cour de cassation: incident de rentrée
Villepin ouvre l'audience à la place du premier président.

Par Jacqueline COIGNARD
samedi 07 janvier 2006



pataquès lors de l'audience solennelle de rentrée de la Cour de cassation, vendredi. Dans ce monde d'hermines, de dorures et de discours chargés en références juridico-historiques, les incidents diplomatiques sont rares. Mais cette année Dominique de Villepin, suppléant le président de République, a pris ombrage: le discours de Guy Canivet, premier président, s'étalait dans le Monde, bien avant son arrivée à la Cour. Aussi a-t-il demandé à prendre la parole en début d'audience, et a fait passer le message par le garde des Sceaux. Du jamais vu de la part d'un Premier ministre, simple invité de l'autorité judiciaire. Il arrive que le président de la République, garant de l'indépendance de la justice, le fasse. Jacques Chirac s'en était abstenu l'an dernier, mais il était intervenu en 2002 et 2003.

Glacé. En accueillant le Premier ministre, Guy Canivet semblait plus blême que jamais au dire de témoins. Lors de ce bref échange glacé, Dominique de Villepin aurait fait savoir au premier magistrat de France qu'il pouvait se dispenser de la lecture complète de son texte. Puis, prenant la parole devant l'auditoire, le Premier ministre assurait «solennellement» de son «immense estime» et de son «immense respect» l'institution judiciaire. Avant de reprendre l'ordre protocolaire habituel, en passant le flambeau à Jean-Louis Nadal, procureur général. Quand vint son tour, Guy Canivet attaqua par ces mots: «Monsieur le Premier ministre, puisque vous avez souhaité que je ne lise pas mon discours...» Et de donner une synthèse du texte communiqué à la presse dans la matinée, comme celui de Jean-Louis Nadal. «Ce qui s'est passé est scandaleux», tonne Côme Jacqmin, secrétaire général du Syndicat de la magistrature. «Cette intrusion dit tout du rapport de force et du sentiment de toute-puissance qu'entretiennent nos gouvernants, au mépris de la séparation des pouvoirs.» Peu importe les raisons, selon lui, «le premier président assure la publicité de ses écrits comme il l'entend».

Rude métier. Sur le fond, les interventions des deux hauts magistrats ont été imprégnées par l'affaire d'Outreau et ses suites. Chacun à son tour, les deux hiérarques se sont livrés à des réflexions sur le juge, sa place dans la cité, son pouvoir, sa responsabilité. Guy Canivet considère que, «quoi qu'on en dise ces jours-ci», nombre de magistrats savent que «juger autrui ne se fait pas sans modestie», sans la crainte salutaire de se tromper. Il décrit des juges «abaissés et déprimés», alors qu'ils pratiquent un rude métier. Jean-Louis Nadal estime que «l'atteinte à l'indépendance ne peut-être le prix de la responsabilité». Mais suggère quelques pistes de réflexions sur la formation, l'évaluation et l'affectation des magistrats. Et n'écarte pas de donner au justiciable les moyens de saisir les instances disciplinaires.

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