Société
Cour de cassation:
incident de rentrée
Villepin ouvre
l'audience à la place du premier président.
Par Jacqueline COIGNARD
samedi 07 janvier
2006
Glacé. En accueillant le Premier ministre, Guy Canivet semblait plus
blême que jamais au dire de témoins. Lors de ce bref échange glacé, Dominique de
Villepin aurait fait savoir au premier magistrat de France qu'il pouvait se
dispenser de la lecture complète de son texte. Puis, prenant la parole devant
l'auditoire, le Premier ministre assurait «solennellement» de son
«immense estime» et de son «immense respect» l'institution
judiciaire. Avant de reprendre l'ordre protocolaire habituel, en passant le
flambeau à Jean-Louis Nadal, procureur général. Quand vint son tour, Guy Canivet
attaqua par ces mots: «Monsieur le Premier ministre, puisque vous avez
souhaité que je ne lise pas mon discours...» Et de donner une synthèse du
texte communiqué à la presse dans la matinée, comme celui de Jean-Louis Nadal.
«Ce qui s'est passé est scandaleux», tonne Côme Jacqmin, secrétaire
général du Syndicat de la magistrature. «Cette intrusion dit tout du rapport
de force et du sentiment de toute-puissance qu'entretiennent nos gouvernants, au
mépris de la séparation des pouvoirs.» Peu importe les raisons, selon lui,
«le premier président assure la publicité de ses écrits comme il
l'entend». Rude métier. Sur le fond, les interventions des deux hauts magistrats
ont été imprégnées par l'affaire d'Outreau et ses suites. Chacun à son tour, les
deux hiérarques se sont livrés à des réflexions sur le juge, sa place dans la
cité, son pouvoir, sa responsabilité. Guy Canivet considère que, «quoi
qu'on en dise ces jours-ci», nombre de magistrats savent que «juger
autrui ne se fait pas sans modestie», sans la crainte salutaire de se
tromper. Il décrit des juges «abaissés et déprimés», alors qu'ils
pratiquent un rude métier. Jean-Louis Nadal estime que «l'atteinte à
l'indépendance ne peut-être le prix de la responsabilité». Mais suggère
quelques pistes de réflexions sur la formation, l'évaluation et l'affectation
des magistrats. Et n'écarte pas de donner au justiciable les moyens de saisir
les instances disciplinaires.
ataquès lors de l'audience solennelle de rentrée de la Cour de
cassation, vendredi. Dans ce monde d'hermines, de dorures et de discours chargés
en références juridico-historiques, les incidents diplomatiques sont rares. Mais
cette année Dominique de Villepin, suppléant le président de République, a pris
ombrage: le discours de Guy Canivet, premier président, s'étalait dans le
Monde, bien avant son arrivée à la Cour. Aussi a-t-il demandé à prendre la
parole en début d'audience, et a fait passer le message par le garde des Sceaux.
Du jamais vu de la part d'un Premier ministre, simple invité de l'autorité
judiciaire. Il arrive que le président de la République, garant de
l'indépendance de la justice, le fasse. Jacques Chirac s'en était abstenu l'an
dernier, mais il était intervenu en 2002 et 2003.
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