HIRAM
et ses trois mauvais compagnons

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NICE MATIN
"LA FRANC-MACONNERIE EN CRISE DE CROISSANCE"

Suspicions "d'affairisme", divergences internes et exclusion de frères : les loges de la Côte d'Azur paient, peut-être, le prix du fort recrutement des dernières années.

En évoquant "l'influence de réseaux maçons sur le fonctionnement de la justice", le procursur de Nice a déclenché, début octobre, une ardente polémique. En dénonçant un présumé "affairisme", Eric de Montgolfier n'a fait cependant que relayer les accusations précédemment formulées par des frères, ou contenues dans des ouvrages, tel que le dernier livre de Renée le Roux (1). La parole d'un procureur, il est vrai, porte plus fort et plus loin...

Le chef du parquet de Nice s'était gardé de tout amalgame an précisant "ne pas condamner la maçonnerie, philosophie intéressante et respectable, mais l'usage qui en est fait par certains". S'est-il néanmoins trompé de cible ? "J'ai reçu une dizaine de lettres d'encouragement, émanant de maçons qui s'identifient" répond-il. "L'un m'écrit: "Nous n'aimons pas ceux qui se servent de nous". Le second a eu un entretien avec son vénérable qui l'approuve. Il m'apporte l'entier soutien de "francs maçons aux mains propres". Un troisième affirme : nous avons besoin de pureté".

L'affairisme gangrène-t-il les temples et dans quelle proportion ? Au plan national, cette présumée dérive avait été dénoncée en 1995 au Grand Orient de France par un ancien grand maître, à la Grande Loge nationale de France (GLNF) l'année suivante par deux apprentis grands maîtres. Qu'en est-il en 1999 sur la Côte d'Azur ? Aucun des responsables régionaux n'a désiré s'exprimer sur le sujet.


LISTES ET TRACTS ANONYMES

Le débat est pourtant d'actualité. Cet été, une trentaine de "fils de la lumière" auraient été exclus de la GNLF. "Il ne se passe pas de réunion mensuelle sans qu'une telle mesure ne soit prononcée" confirme à Nice un membre. "Elle vise des personnes condamnées an justice ou ne satisfaisant plus à l'idéal commun". En profite-t-on parfois pour éliminer des frères trop à cheval sur les principes ? "Je ne peux l'affirmer".

A la mi-octobre, le grand maître du Grand Orient de France, Simon Giovannaï, a dénoncé, sans la citer, le "caractère affairiste marqué" d'une obédience concurrente. Le Grand Orient se dit désormais "propre". Mais il continue d'accueillir, sur la Côte d'Azur, des condamnés en justice, et les "frères la rigueur" qui dernièrement s'en sont émus, ont été mis en minorité.

Le malaise est bien réel. Est-ce la conséquence des luttes d'influence, des scandales politico-financiers mêlant, à tort ou à raison, les loges ? A Cannes, des tracts anonymes ont accusé un magistrat de couvrir l'équipe Mouillot.

A Nice, un avocat et un huissier rattrapés par les affaires affirment, en privé, être victimes de "règlements de comptes inter-maçonniques". Des listes de présumés "connivents" circulent.


L'EXEMPLE ANGLAIS

Une troisième cause est avancée pour expliquer le trouble actuel. Les loges ont beaucoup recruté ces dernières années. Bernard MerolIi, grand maître provincial de la GLNF, reconnaissait début 1999 une progression des effectifs de 10 % par an. "Les précautions habituelles ont-elles été prises au niveau du recrutement, le travail initiatique a-t-il été correctement mené ?" s'interrogent d'aucuns.

Pour mettre fin aux suspicions actuelles, des personnalités extérieures proposent de lever la confidentialité de l'appartenance, sans remettre en cause le secret de l'initiation et des travaux. En la matière, la Grande-Bretagne, patrie historique du mouvement, a montré l'exemple. Depuis mars 1999, magistrats et policiers britanniques doivent déclarer leur engagement maçonnique, lors du recrutement.

En France, le Grand Orient approuve le principe, à condition qu'il s'applique à tout le monde. Sur la Côte d'Azur on est beaucoup plus réticent. La Grande loge de France (GLF) ne dit pas non et la GLNF y fermement opposée.

Jean-Paul FRONZE

(1) "Révélations" aux Editions France Europe.


MONTEE EN PUISSANCE DE LA GLNF

Née an 1913 d'une scission du Grand Orient, et actuellement troisième obédience française, la GNLF est la seule de l'Hexagone à être reconnue par l'atelier "fondateur", la Grande loge unie d'Angleterre. La GNLF, qui se réfère explicitement au Dieu des chrétiens, ne cesse de gagner du terrain. Plutôt classée à droite, elle est passée sur la Côte d'Azur (la "Province Alpes Méditerranée") de 300 membres il y a vingt ans à près de 2000 aujourd'hui.

Très influente, elle recrute principalement dans le monde judiciaire, politique et du commerce. Un certain nombre d'avocats, la majorité des maires du littoral des Alpes-Maritimes en feraient partie. Sa montée en puissance date du début des années 1980. On dit que Jacques Médecin, initié tardivement à une loge américaine, aurait favorisé à partir de 1981 son expansion à Nice, pour contrer l'arrivée de la gauche au gouvernement. Bien que non adhérent, "Jacquou" aurait incité ses fidèles, jusqu'ici au Grand Orient, à rejoindre la GLNF.

Fondé en 1773, le Grand Orient de France demeure l'obédience la plus importante de France. Laïc, il penche à gauche, ce qui ne l'empêche pas d'accueillir des gens de droite. Ses membres sont chefs d'entreprises, fonctionnaires de l'Education nationale ou d'autres administrations. Jusqu'au début des années 1980, la Grand Orient était le plus puissant sur la Côte d'Azur. Depuis, il a abandonné ce leadership à la GLNF.

Troisième obédience, la Grande Loge de France (GLF) est la plus discrète dans notre région. Née en 1894 et bien implantée dans la police et les professions médicales, elle professe un apolitisme de principe et n'oblige pas à croire en Dieu. Elle évoluerait entre le centre droit et le centre gauche. Deux autres obédiences sont ouvertes aux femmes : le Droit Humain, qui est mixte, a été fondé en 1893. La GLFF (Grande Loge féminine de France), créée en 1945, ne compte que des soeurs.

Au-delà des appartenances des uns et des autres, des "fraternelles" rassemblent des maçons, d'un certain grade, exerçant la même profession ou fréquentant le même milieu. Suspectées de favoriser l'affairisme, elles ne sont pas reconnues par les obédiences.

J.P.F.


MAGISTRAT ET FRERE

Il est difficile d'évaluer le nombre de magistrats francs-maçons au TGI de Nice. Sur un effectif de moins de soixante fonctionnaires, ils seraient, dit-on, de cinq à dix. Le Droit Humain et la Grande loge féminine de France comptent, au moins, un membre chacun. La GLNF, par la voix de son grand maître provincial, a affirmé dernièrement ne plus avoir personne, à la suite en 1997 de la démission du doyen des juges, Jean-Paul Renard.

Le fait d'être "frère" dans un palais de justice peut-il poser problème ? En d'autres termes, le principe d'impartialité du magistrat est-il compatible avec le devoir d'entraide maçonnique ? Le 16 octobre dernier, Jean-Paul Renard avait répondu dans nos colonnes que "cette fraternité ne consistait pas à être complice et qu'un frère commettant une infraction n'avait plus d'aide à recevoir". Le doyen s'était également prononcé contre l'abandon du secret de l'appartenance.

Cette transparence, adoptée par nos voisins anglais, fait l'objet d'une controverse au sein même de la magistrature et de ses syndicats les plus représentatifs. A Nice, le procureur Eric de Montgolfier la réclame en soulignant que "tout citoyen a le droit de savoir par qui il est jugé". "C'est la seule façon de permettre au justiciable" affirme un autre magistrat "d'exercer pleinement son droit de récusation, s'il considère qu'un juge est susceptible d'être partial".

L'argument est balayé par les partisans du secret, justifié historiquement par les persécutions passées.

"A ce compte" rétorquent-ils "le juge chasseur ne pourra pas juger des chasseurs, le juge catholique d'autres catholiques. On peut multiplier les exemples et déstabiliser la profession dans chacun de ses actes". Pour ceux-ci, suivre l'exemple anglais réactiverait la chasse aux sorcières, instaurerait un maccarthysme judiciaire. Ils demandent que l'engagement maçonnique soit protégé au même titre que la liberté religieuse ou politique.

J.P.F.


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