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Bien mal acquis ne profite jamais. Tel est le dicton qui pourrait s'appliquer à l'histoire dans laquelle se retrouve Jean-Paul Béchat, le PDG du groupe public Snecma, et qui a été révélée par Le Canard enchaîné dans son édition du mercredi 23 octobre. Une affaire qui n'a pas échappé à la vigilance de la Cour des comptes qui épluche, entre autres, les états financiers des groupes publics dont la Snecma, aujourd'hui détenue à 97 % par l'Etat. Dans un rapport, la Cour des comptes épingle le patron du fabricant de moteurs d'avions pour avoir acquis, en toute discrétion, des actions de son entreprise, à titre personnel, et à des prix nettement plus faibles que la valeur estimée de la société. Selon cette analyse remise cet été à Francis Mer, le ministre de l'économie et des finances, M. Béchat a, pendant quatre ans, acheté près de 12 000 actions de son groupe, générant une plus-value potentielle de 1 000 %, sans en informer le Trésor. Car lorsque la holding Fimalac décide de céder ses 190 000 titres Snecma, M. Béchat se porte acquéreur de 10 000 titres au prix de 200 francs (30,49 euros), puis lorsque c'est au tour de la Caisse des dépôts et consignations de vendre les siens, il reprend 1 700 actions à 110 francs (16,77 euros), soit la totalité des titres qui sont cette fois cédés. Bien que ces offres soient peu élevées, elles satisfont les deux parties et notamment le groupe Fimalac qui avait découvert ces titres dormant dans les comptes d'une de ses sociétés acquises et qui empoche alors une plus-value de 40 millions de francs (6,09 millions d'euros). Des transactions que la Cour des comptes considère toutefois trop avantageuses pour le PDG investisseur, comparées à l'évaluation faite par les banques conseils lors du début de la tentative de privatisation partielle de la Snecma en septembre 2001. La valeur de chaque titre aurait été fixée à l'époque à 2 200 francs (335,39 euros) si la société avait été mise en Bourse. Or l'opération avait été repoussée en raison des attentats du 11 septembre qui ont débouché sur un effondrement des cours boursiers et sur une crise de confiance dans le secteur aérien. SANS AVERTIR LE TRÉSOR Selon Le Canard enchaîné, la Cour des comptes a ainsi estimé que M. Béchat avait déboursé 2,2 millions de francs (soit 335 000 euros) pour acquérir des titres valant potentiellement 25 millions de francs (3,81 millions d'euros), le tout sans mettre le Trésor dans la confidence. Le patron de la Snecma a indiqué à l'hebdomadaire que "les statuts de la société autorisent un actionnaire – et en tant que président je possédais une action – à racheter librement les titres des autres actionnaires". Il a ajouté que s'il n'avait pas informé le Trésor, c'était parce qu'il s'agissait de "ses affaires personnelles et de -son- propre argent". Contacté par Le Monde jeudi matin, M. Béchat n'a pas souhaité faire de commentaires. Les ministères de l'économie et de la défense ont de leur côté immédiatement cherché à calmer le jeu. Ils ont rapidement diffusé un communiqué conjoint indiquant que M. Béchat, qui possède encore ces titres "est disposé à les revendre au prix où il les a acquis". "A la suite des informations de presse, le ministre de la défense et le ministre de l'économie précisent que, pour tenir compte des observations de la Cour des comptes, le PDG de la Snecma leur a proposé de procéder à la revente, à leur prix d'acquisition, des actions achetées en 1998 et 1999. Cette proposition a été acceptée", indique le communiqué. Les ministères considèrent que la décision de M. Béchat "répond pleinement aux observations faites par la Cour des comptes". Le communiqué ne donne toutefois aucune indication sur le futur propriétaire des titres à qui M. Béchat les cédera au prix d'acquisition. Un heureux bénéficiaire pour lequel Noël arrive avant l'heure. Cécile Prudhomme • ARTICLE PARU DANS
L'EDITION DU 25.10.02 |
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