Dix ans de système Chirac

Son entrée en campagne pour le référendum européen n'a pas convaincu. Elle a marqué fâcheusement l'anniversaire de ses dix ans de mandat à l'Elysée. Et voilà toute la chiraquie qui s'interroge, de plus en plus ouvertement, de plus en plus sévèrement. La solitude, l'âge, le bilan, l'usure, tout y passe, y compris la nature du président qu'après tant d'années ses intimes déchiffrent mal. Mais ce n'est pas la première fois que Jacques Chirac intrigue et inquiète. Il s'en est toujours sorti, appuyé par un carré de grognards, dont Bernadette et Claude. Mais aujourd'hui ?

Catherine Pégard

Et si, tout à coup, le voile s'était déchiré sur l'Elysée où, jeudi dernier, Jacques Chirac tentait d'expliquer son engagement européen à quatre-vingts jeunes ? Une lumière crue, soudain, sur le président au pire moment, celui où ses dix années passées à la tête de la France soulèvent les questions sur son bilan, celui où le référendum donne en partie la clé de la fin de son quinquennat. Il ne s'est rien passé dans la salle des Fêtes de l'Elysée, ou en tout cas pas ce qu'on en attendait : que l'entrée en campagne du chef de l'Etat inverse les sondages figés sur un non des Français à la Constitution européenne. Il ne s'est rien passé et tout s'est passé.

On a regardé le président autrement. Sa vitalité rehaussée de fard est intacte. Il est le même, mais ces jeunes avec lesquels il aime pourtant converser lui ont donné un coup de vieux. Son empathie avec les autres, qui a toujours été un peu sa magie, s'est effondrée devant des questions qu'il ne comprenait pas. L'émission voulue par Claude Chirac pour être « au plus près des gens » allait pourtant impeccablement au bout de sa logique. L'exception présidentielle était désacralisée dans le lieu même où elle s'exerce. Les jeunes, comme on le leur avait demandé, « mettaient sur la table ce qu'ils avaient sur le coeur ». « C'était brutal, réel, utile », commentera plus tard Claude Chirac. Sans doute, mais le scénario semblait avoir été écrit pour un autre qui n'aurait pas paru découvrir une génération qui a pourtant grandi sous son règne. « Le résultat de trente ans d'Education nationale », a murmuré le directeur de cabinet de Jean-Pierre Raffarin, Michel Boyon, dans une réunion à Matignon, pour tenter de justifier le fossé entre les mots du président et les maux de ses interlocuteurs. « Chirac avait l'air traqué du gars qui ne sait pas où il est », commente un de ses anciens ministres. « La vie passe. Inexorablement », soupire un autre. « Il y avait une gêne, une souffrance à le voir au bord de la route et c'est beaucoup plus grave que de n'être pas d'accord avec lui », conclut un autre troisième, ébranlé par ce qu'il a entendu des militants de l'UMP au cours de ses meetings en province. Ceux-là ne sont pas loin de le voir « usé, vieilli, fatigué », comme le décrivait Jospin en 2002, parce qu'il le voyait ainsi dans leurs rencontres, mais comme les Français, eux, ne le virent jamais dès qu'il fut en campagne. Allons donc ! Tous ceux qui l'ont servi ont décrit un homme indifférent à tout et surtout au jugement qu'on porte sur lui, ayant tant de mal à entrer dans le jeu pour finalement toujours en être. Il suffit de lire son ancien collaborateur Bernard Billaud (1), qui décrit la préparation d'une émission pour la campagne européenne de... 1979 : « le spectacle, écrit-il, de la plus complète démobilisation. » Au fil des ans, tous les débuts de campagne ont été vécus, ainsi, en diesel. Et tous les témoins ont été consternés, effondrés : les vieux gaullistes se souviennent que déjà en 1981 ils le trouvaient « impossible et irremplaçable ». Même Jérôme Monod a pu penser qu'il était le seul à pouvoir être élu « à cause » de ses défauts. Aujourd'hui, tous ceux-là ne savent pas trop quoi penser et d'ailleurs s'en abstiennent, comme cet ancien ministre qui refuse de commenter les dix années de Chirac : « Vraiment, je ne sais pas quoi en dire. » « Que d'énergie perdue à observer Chirac ! tranche pourtant l'un de ses plus proches collaborateurs. On s'y aveugle, comme Jospin. La très grande force du président, c'est qu'on s'épuise contre lui comme un hamster dans sa roue. » Une façon de ménager encore l'avenir. Mais l'avenir, c'est demain et une histoire qui cette fois peut mal finir. Sans appel.

Brutalement, c'est à cela qu'ils ont pensé, amis et ennemis, en le voyant, si nettement décalé, l'autre soir, à la télévision. Et lui-même n'a pas été dupe de ses courtisans. Il a convenu devant l'un de ses plus vieux amis que, oui, il avait été « à côté de la plaque », reprenant une formule du général de Gaulle, de sombre mémoire. Lui aussi, on l'appelle maintenant « le vieux » et on lui trouve bien des points communs avec le Général de 1969 qui, soudain, ne comprenait plus la France. Jacques Chirac n'a pas comme François Mitterrand la distance d'un monarque. Sa manière, parfois mécanique, d'être chaleureux avec tous fait oublier qu'il en est un, lui aussi. Tous partagent le même verdict : Chirac est seul. Mais sa solitude est masquée par un emploi du temps diabolique, dominé par ses relations internationales et alimenté par sa cellule diplomatique, qui fonctionne mieux que tous les autres rouages élyséens. Absorbé par la politique étrangère - à laquelle il a donné, notamment, en tenant tête aux Américains, une marque qui s'évanouirait au moment même où la France voterait non au référendum sur la Constitution européenne -, le président peine à se passionner pour les problèmes intérieurs. Ses réflexes sont intacts, souvent pour conseiller que rien ne bouge. Mais il est ailleurs. Avec volupté.

« Chirac a beaucoup changé, note un de ses ministres de 1995. Il s'est enfoncé dans un radicalisme compassionnel qui fait du seul mot de libéralisme un gros mot. Il s'est conforté dans la détestation du Medef et dans une certaine pusillanimité pendant que la France décroche et que les Français perdent confiance. » Mais qui écoute-t-il ? Telle est la question qui, ces temps-ci, revient en leitmotiv. Claude, répondent-ils. Mais, selon eux, elle ne souhaite que de le voir aller au bout de son mandat. Objectif limité. L'Elysée aurait la vision d'une France stressée, plus fragile encore qu'elle ne l'est et qu'à ne pas vouloir bousculer on laisserait plonger davantage dans la maladie. « Chirac est si secret qu'on ne sait rien de son moi intime, pas plus que de son appréhension immédiate du monde », confie un de ses anciens ministres désorienté. Le président travaille beaucoup, fixé à son bureau quand il n'est pas en voyage, avale des dizaines de notes. Il multiplie les marques de proximité qui cachent son sens de la relativité des choses et des êtres. Le rituel des émissions de radio du matin, pour les initiés, a été éventé. Si le chef de l'Etat téléphone aux alentours de 8 heures, c'est qu'il a lui-même entendu son interlocuteur, invité d'Europe 1 ou de RTL. S'il appelle à 9 h 30, c'est qu'on lui a parlé de l'interview. Pas un jour où il ne dispense à tel ou tel un compliment : « Tu as été excellent. » Seul Jean-Louis Debré, au nom de sa tendresse filiale, peut lui rétorquer quand il est 9 h 30 : « Vous ne m'avez pas écouté. » Et s'attirer cette réplique : « Comment le sais-tu ? »

Les déjeuners de parlementaires à intervalles réguliers donnent des résultats mitigés. Pour un élu qui en sort ravi, en disant « Je lui ai dit ses vérités », beaucoup reconnaissent les ficelles, la fiche bien apprise pour poser la bonne question sur l'actualité locale. D'autres déplorent que le président additionne les questions sans toujours bien entendre les réponses. Quelques-uns avouent leur déception. « J'ai voulu lui parler. Il m'a répondu " Regarde l'appareil." » Rituel de la photo qui suit chaque rencontre. « On ne le voit plus que dans des occasions très balisées », s'afflige un de ses vieux compagnons. « Il n'a pas renouvelé ses réseaux », remarque-t-on à l'Assemblée, où beaucoup de députés de l'UMP ne le connaissent même pas.

« C'est une monarchie absolue. Sans princes, avec seulement des valets », juge cruellement un autre ancien, qui regrette le temps où Dominique de Villepin, secrétaire général de l'Elysée, poussait la porte du président pour dénoncer les « connards » et vitupérer l'époque. Il y a bien les insubmersibles dignitaires, Maurice Ulrich, qu'il écoute toujours, et Jérôme Monod, avec qui, malgré les années, il entretient une curieuse relation de travail qui vise à l'efficacité sans que le conseiller ne se fasse jamais d'illusion. Il y a bien le carré des gardiens du temple - Jean-Louis Debré, Henri Cuq, Pierre Mazeaud... - qui passent le voir, le dimanche. « Je ne sais pas s'il m'écoute, confie le président de l'Assemblée nationale, mais il a besoin de discuter. » On ne le voit vraiment rire qu'avec Pierre Mazeaud, comme s'il retrouvait sa jeunesse. Et le deuil le trouve abandonné à son chagrin. Alors qu'il se montrait très affecté par la mort de Rafic Hariri - « Il n'y a pas un jour depuis dix ans où il n'a pas travaillé sur le Liban », jure un diplomate -, on suggéra à un de ses amis expert de l'Asie de passer le voir pour le distraire. D'ailleurs, c'est souvent à des heures improbables de solitaire qu'il se manifeste auprès de ses conservateurs de musée préférés pour parler de ses dernières découvertes ou de ses dernières lectures. Pour un dîner à l'extérieur à l'occasion de l'anniversaire de Jean-Louis Debré, où il redevient le ripailleur sans complexe qui a épaté toutes les chancelleries du monde, combien de soirs où il remonte chez lui, tard, après avoir signé des collections de parapheurs où d'un mot manuscrit il prévient de l'attribution d'une Légion d'honneur, forme des voeux, remercie pour un message. « Son attention aux autres s'est accentuée », remarquent ses proches, qui le voient de plus en plus en pater familias tout en jurant qu'il peut encore détruire : « Quand on le titille, son oeil redevient celui d'un tigre », prévient un de ses collaborateurs.

Les élus constatent que s'est installé un tel déséquilibre entre ses préoccupations étrangères et ses soucis domestiques qu'il accroît l'idée - exagérée - qu'il se moque de tout et que tout dans son esprit se vaut à l'échelle de l'humanité, ce temps long qui seul l'intéresse vraiment. « Entre ses réflexes d'arrondissementier et ses réflexions sur l'état du monde, il n'y a pratiquement rien », déplore un de ses ministres, qui mesure sa versatilité sur les petites choses et son obstination sur les grandes. Tout cela prend des allures de discontinuité, d'incertitude, que les résultats du gouvernement ne comblent pas. « Chirac n'est pas un beau parleur. Il doute et on le fait douter davantage encore », s'indigne un patron en reprochant à son entourage de le laisser s'installer dans le confort élyséen, dans une spirale d'inertie où la réalité de l'état de la France lui devient étrangère.

« L'idée, c'est toujours d'étirer le temps au maximum pour ne pas trancher », résume un membre du gouvernement, qui situe cette théorisation de la tergiversation au procès de Juppé. « Chirac en avait fait son héritier. Il n'a pas de plan B. » Depuis 2002, il attend Alain Juppé et il se résigne difficilement à ce que celui-ci ne revienne pas. La longévité de Raffarin à Matignon s'explique aussi par cet espoir insensé. Les visiteurs du soir de Chirac pensent que les jours du Premier ministre à Matignon sont comptés, que le référendum soit gagné ou qu'il soit perdu : « C'est une bonne césure, reconnaît le Premier ministre. Après, ce sera une question de jours, de semaines et de mois », ajoute-t-il pour entretenir encore un mystère qui n'en est plus un. La fièvre qui agite ces jours-ci son gouvernement le montre. A l'Elysée, on indique que le chef de l'Etat observe, « désolé et affligé », cette agitation. Comme d'habitude, Villepin veut « renverser la table ». Pour le ministre de l'Intérieur, la rupture avec les Français n'est pas du tout imaginaire et il est urgent de ne plus différer le moment d'en tenir compte. Thierry Breton, pour la nouveauté alternative, et Michèle Alliot-Marie, pour l'exemplarité soldatesque... Tous ces noms et d'autres, il les brasse depuis des mois, ainsi que celui, envahissant, de Nicolas Sarkozy, en embuscade. Pour l'instant, officiellement, il cherche celui qui peut faire gagner le oui.

Ses amis lui répètent que, comme d'habitude, c'est lui et lui seul. Sur un terrain qualifié avec optimisme de « déblayé », il va donc faire lui-même campagne. En province, sans faire de meeting, à la télévision, au moins une fois. Que le oui l'emporte et la fin de son quinquennat ne sera sûrement pas joyeuse, mais elle sera préservée. Si le non gagne - pis, s'il cristallise davantage -, il ne changera rien en apparence, Chirac sera toujours là, mais il signera la lente agonie du président, qui par deux fois, en 1997 et en 2005, aura manqué le rendez-vous qu'il s'était choisi avec les Français et qui devra affronter, à l'intérieur et à l'extérieur, la vacuité de son bilan.

Déjà ses proches concoctent l'argumentaire qui le « sauvera », encore une fois : la défaite touchera d'abord le PS et l'UMP, mais le président sera toujours là et il restera incontournable. Pendant les deux ans qui lui resteront, il faudra alors qu'il désigne un Premier ministre apte à faire vivre les réformes mises en place sous le gouvernement Raffarin - « le plan de cohésion sociale de Jean-Louis Borloo doit devenir une réalité », martèle-t-on à l'Elysée. Et puis il faudra un ministre des Affaires européennes puissant, qui sache plaider le rôle de la France, affaiblie, ridiculisée dans l'Europe. Un plan pour tenir, tenir encore deux ans. Et laisser entendre que, dans le séisme politique qui marquera les lendemains du 29 mai, lui seul, finalement, peut rassurer les Français. Ses amis rapportent que depuis quelque temps il n'écarte plus l'idée de se représenter si les tensions sont trop fortes, si les conditions sont exceptionnelles. Il semble tiraillé, selon un de ses amis, entre trois sentiments : « Je suis en pleine forme ; non je suis trop vieux ; mais tout de même les autres ne boxent pas dans la même catégorie. » Le problème, c'est que les siens, depuis quelques jours, eux, doutent sérieusement. « Ce qui est déjà fou, c'est que la question reste posée », murmure l'un d'eux

Chirac vu par Raffarin

« Jacques Chirac n'est pas un responsable politique ordinaire. Il s'intéresse d'abord à la nature humaine. A l'origine, au destin de l'humanité, des personnes en général et en particulier. Je dirais qu'il ressemble à un chercheur en sciences humaines, tantôt ethnologue, tantôt politologue, toujours anthropologue. Européen, il croit à la France éternelle.

Il vit l'action avec le sens du temps. Cela lui permet de mêler la relativité à la gravité. Il croit plus aux évolutions qu'aux ruptures. C'est un homme de « multiples tropiques »

 

Chirac vu par José Maria Aznar*

« Chirac est plus impétueux que réfléchi, plus sympathique que sérieux, plus dynamique qu'apaisé et de surcroît doté d'un puissant instinct pour défendre ce qu'il considère comme ses intérêts [...] Il est gourmet et goulu : je n'ai jamais vu quelqu'un manger de si grand appétit ! »

 

Chirac vu par Roland-Dumas

Le Point : Quel bilan tirez-vous des dix ans de Chirac à l'Elysée ?

Roland Dumas : Dix ans, c'est long ! On a l'impression que Chirac n'a pas de prise sur les événements. Dans la gestion des affaires publiques, en dehors peut-être des rencontres internationales qui le portent, tout le reste va à vau-l'eau. Il est encombré dans les querelles de palais.

Le bilan des 10 ans de Mitterrand n'était pas fameux non plus.

Au contraire, François Mitterrand, en 1991, était en pleine splendeur. La maladie était là, mais au niveau international on avait réussi de bonnes choses. Je me souviens que Jacques Chirac se plaignait de la « diplomatie de tourisme » qui gênait les Parisiens. En réalité, ceux du 16e arrondissement. Car à cette époque la France recevait nombre de conférences internationales. Sur le plan intérieur, la majorité tenait encore. Elle ne sombrait pas dans la zizanie et le problème Rocard était maîtrisé. En tout cas, on gérait ça beaucoup mieux que Chirac et ses féodaux. On sentait que le pays était gouverné.

Y a-t-il une fatalité à ce que le président se recroqueville sur ses plus proches ?

Il y avait un peu de ça avec Mitterrand. D'une manière moins aiguë qu'avec Chirac, toutefois, car il a toujours fonctionné avec plusieurs cercles de proches. L'Elysée est propice aux querelles des serviteurs immédiats. La durée et la perspective de la fin accentuent ces intrigues de cour. Les conseillers sont inquiets : faut-il rester dans la nef ou en sortir ? Ce qui se passe est caractéristique de ce syndrome. Ça me rappelle les querelles entre Cresson et Bérégovoy.

Au bout de dix ans, l'autorité de l'Elysée se restreint-elle ?

On constate un affaiblissement de cette autorité. Il existe une sorte de rythme naturel : la vitesse de croisière s'établit au bout de six ans, le climat délétère à dix ans.

Que doit faire Jacques Chirac ?

Il a trop tardé à changer de Premier ministre. Comme Mitterrand, il a le respect des institutions, mais là où on a l'impression d'une impulsivité chez Chirac, on ressentait une autorité stratégique chez Mitterrand Propos recueillis par Carl Meeus

 

Chirac vu par Roselyne Bachelot

«Jacques Chirac, au cours de cette décennie, a vécu cinq ans de cohabitation impuissante et cinq ans de règne absolu. A l'évidence, cette omnipotence lui a fait affronter un triple défi qu'il a géré de manière inégale. Le défi de la légitimité, d'abord : comment justifier les 82% du second tour quand le même pourcentage vous a rejeté au premier ? C'est sans doute là que le président de la République a su le mieux se mettre en phase avec l'opinion publique; la fermeté dans la crise irakienne a renforcé le lien charnel qu'il a su développer, même avec des adversaires. L'affection dont il jouit auprès de Français qui, par ailleurs, rejettent ses choix politiques ne laisse jamais d'étonner.

Le passage du septennat au quinquennat reste un challenge inachevé. Au minimum, cette présidentialisation de fait, en mettant le président à la manoeuvre, demande de la proximité et de la pédagogie. Elle désacralise la fonction. Or, Jacques Chirac est resté dans une posture septennale qui a créé de la confusion et de la frustration.

Le troisième défi est bien celui des nouvelles problématiques posées à notre planète : développement durable, mondialisation, pauvreté, respect des cultures, conciliation des identités et des valeurs universelles. Jacques Chirac est sans doute le seul homme d'Etat à avoir compris la nouvelle donne et à en parler avec autant de fougue et de talent. Il s'est ainsi acquis au fil des années un respect universel. Mais, comme disait Malraux, on ne peut rester au bord du Rubicon pour y pêcher à la ligne, cette occupation fût-elle bucolique en diable !

 

Chirac vu par Nicolas Sarkozy et Cabu

Ce dessin de Cabu est l'un des préférés de Nicolas Sarkozy. Le président de l'UMP, moins détaché de Jacques Chirac qu'il ne le dit, se dope en le regardant. Depuis longtemps, il confie qu'il ne finira pas comme les trophées chiraquiens : « Chirac vous anesthésie en invoquant la nécessité de l'unité et, une fois que vous êtes endormi, il vous flingue ! », disait-il naguère en décryptant le parcours de Philippe Séguin, éphémère président du RPR

1. « d'un Chirac l'autre » (De Fallois, 534 p., 22 E).

© le point 21/04/05 - N°1701 - Page 50 - 2324 mots

 

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