Chirac et les affaires
La plupart des affaires dans lesquelles Jacques Chirac a
été cité dans les années 1980-2000 sont désormais closes ou interrompues, soit
par prescription, soit par jugement rendu, soit par la déclaration
d'incompétence des juges d'instruction à interroger le président de la
République.
Reste que l'arrêt historique de la Cour de cassation due
10 octobre 2001, qui avait réaffirmé le principe de l'immunité du chef de
l'Etat, tout en la limitant à la période de son mandat, permettrait de rouvrir
certains dossiers si Jacques Chirac n'est plus président. Ou si la réforme sur
la responsabilité pénale du chef de l'Etat, qui s'oriente vers une immunité
sénatoriale –qui n'a jamais été inscrite à l'ordre du jour de l'Assemblée
nationale- n'aboutit pas.
Voici les principales affaires dans lesquelles
Jacques Chirac apparaît:
Les emplois fictifs du RPR à la mairie de
Paris
L'enquête du juge Patrick Desmure portait sur les emplois présumés
fictifs dont auraient bénéficié des permanents du RPR auprès de la mairie de
Paris. Alain Juppé a été condamné pour sept d'entre eux par le tribunal de
Nanterre à 18 mois de prison avec sursis et 10 ans d'inéligibilité. Il a fait
appel et sa condamnation a été ramenée à un an.
L'instruction a révélé
l'existence d'une lettre datée de décembre 1993 et signée par Jacques Chirac,
alors maire de Paris, qui demande à son administration d'accorder une promotion
à une employée municipale, Madeleine Farrad, qui, bien que rémunérée par la
Ville, travaille en fait au siège du RPR. Dans une sévère ordonnance rendue en
avril 1999, le procureur de la République de Nanterre, Yves Bot, expliquait que
cette lettre fait peser à l'encontre de Jacques Chirac de fortes présomptions
sur sa participation "aux faits de prise illégale d'intérêt et de recel d'abus
de biens sociaux".
Le juge Desmure se déclarait alors incompétent pour
instruire des faits visant le chef de l'Etat, sous la contrainte de l'immunité
du président de la République. Le dossier Chirac, constitué de cette lettre
signée de sa main et qui montrait sa connaissance du système des emplois
fictifs, a donc été disjoint. Mais au printemps 2007, le juge d'instruction en
charge de ce dossier pourrait mettre en examen le citoyen Jacques Chirac pour
"prise illégale d'intérêt".
Les faux électeurs du IIIème
arrondissement de Paris Le procès s'est ouvert le 11 septembre 2007 après 17
ans d'instruction. Il doit juger le "trucage" des scrutins municipaux de 1989 et
1995, orchestré, selon l'accusation, par le RPR et l'UDF Jacques Dominati,
proche de Jacques Chirac.
L'affaire des marchés publics
d'Ile-de-France.
Dans cette affaire, qui débute en 1997, tous les partis
sont visés. Le 1er décembre 2000, Michel Roussin, ancien ministre RPR et ancien
directeur du cabinet de Jacques Chirac à la Mairie de Paris, est incarcéré. Le
même jour est mise en examen l'ex-trésorière officieuse du RPR, Louise-Yvonne
Casetta. Michel Roussin est libéré sous caution et placé en liberté sous
contrôle judiciaire le 5 décembre 2000. Cette affaire concerne les relations
entre l'entreprise de BTP Mazotti et la ville de Paris entre 1991 et 1993. Le
juge Armand Riberolles a renvoyé Michel Roussin et 46 personnes devant le
tribunal correctionnel.
Michel Roussin, a été condamné en première instance
le 26 octobre 2005 à quatre ans de prison avec sursis, 50 000 euros d'amende et
cinq ans de privation des droits civiques pour "complicité et recel de
corruption". Il a fait appel.
L'un des volets de ce dossier concerne
notamment les voyages payés en espèces par Jacques Chirac. La justice soupçonne
que l'argent liquide ayant servi à régler les billets d'avion, soit 336.210
euros, pouvait provenir des versements en espèces des commissions occultes
versées par les entreprises de BTP attributaires des marchés publics. Jacques
Chirac affirme que cette somme, qui n'apparaît pas dans sa déclaration de
patrimoine, provient des fonds spéciaux conservés lorsqu'il était Premier
ministre. Selon le procureur Jean-Pierre Dintilhac, "rien ne s'oppose" à une
audition de Jacques Chirac comme témoin assisté dans cette affaire.
Dès sa
nomination, le nouveau procureur général Laurent Le Mesle, ancien conseiller
juridique de Jacques Chirac, nommé le 13 septembre en Conseil des ministres,
prendra des réquisitions au procès en appel de Michel Roussin, qui doit être
rejugé du 17 octobre au 22 novembre 2007.
Le compte au
Japon.
En marge de l'affaire Clearstream, Le Canard enchaîné a
révélé que Jacques Chirac a eu jusqu'à un million de dollars sur un compte au
Japon. Selon le journal, "l'argent ne peut pas provenir de l'Association
japonaise des arts, pour laquelle Jacques Chirac était conseiller du Prix
impérial, puisque la fondation rembourse seulement les frais, plus 15.000
euros". Le Canard s'est donc intéressé à une autre fondation, la
fondation Sasakawa, qui existe au Japon sous le nom de Nippon Foundation.
Or,
selon des sources proches du dossier, la justice française est en possession
d'un document des services secrets français établi avant 2002 qui conclut que
Jacques Chirac possède un compte à la Sowa Bank du Japon, crédité de 300
millions de francs (45 millions d'euros). Ce document a été saisi par les juges
Jean-Marie d'Huy et Henri Pons lors de perquisitions à la DGSE (Direction
générale de la sécurité extérieure, les services secrets) et au domicile du
général Philippe Rondot, spécialiste du renseignement.
L'Elysée a
démenti.
Le rapport de la DGSE a été établi pendant le premier mandat de
Jacques Chirac, alors qu'il cohabitait avec le gouvernement de gauche de Lionel
Jospin. Une fois réélu en 2002, Jacques Chirac a mandaté le général Philippe
Rondot pour savoir quels agents de la DGSE avaient enquêté sur ses supposées
affaires au Japon, a écrit Le Canard enchaîné. Et à la suite de cette "enquête
sur l'enquête", Jacques Chirac a limogé plusieurs responsables de la DGSE.