La police tue ...
encore
MARCHE
À CHATENAY-MALABRY, SAMEDI 21 SEPTEMBRE 14 HEURES
Marche à
Chatenay-Malabry suite à la mort d’un homme, le 6 septembre entre les mains des
policiers qui l’interpellaient. Samedi 21 septembre 14 heures. Pour ceux qui
souhaiteraient récupérer le texte mis en forme (avec la photo de Jean-Mi), il
sera disponible sur le site de Cinquième zone mardi soir (pdf) : http://www.cinquieme-zone.org/
Georges
Mondesir, suite à une intervention policière à Châtenay-Malabry
Georges
MONDESIR, que beaucoup d’habitants de la Butte Rouge, à Châtenay-Malabry,
connaissaient sous le nom de Jean-Mi, a définitivement perdu connaissance
vendredi 6 septembre vers 19h30, sur la pelouse en bas de chez lui, sous les
yeux des enfants et des jeunes, immobilisé par une demi douzaine de policiers,
menotté dans le dos, plaqué au sol. Une histoire banale et horrible.
Samedi 21
septembre 2002 à 14 heures
Rue Pilâtre-de-Rozier (Haut de la Butte Rouge,
bus 194-195, terminus Lycée polyvalent, Jean-Jaurès)
Rejoignez-nous, dans une marche
silencieuse pour :
exiger la vérité sur ce qui s’est
réellement passé
exiger que la police agisse dans le respect et
pour la protection des citoyens
exiger des services sociaux plus
efficaces, plus présents, plus disponibles.
Sa famille et
ses amis, avec le soutien de : Cinquième Zone - Citoyens Unis pour
Châtenay-Malabry - LCR - Ligue des Droits de l’Homme - Parti Communiste - Parti
Socialiste - Les Verts –
Les faits,
selon les témoins : Jean-Mi avait 42 ans. Depuis un accident, il y a une
vingtaine d’années, il lui arrivait de dérailler un peu. Il était alors
hospitalisé quelques temps puis revenait et reprenait son travail et sa vie. Un
peu farfelu, rigolard, inoffensif, tout le monde le connaissait dans le
quartier.
Vendredi 6
septembre, il faisait beau. Il avait joué à arroser les enfants et les jeunes
avec un pistolet à eau. Vers 19h, quand deux jeunes de la cité ont entrepris
d’arroser les fleurs en bas des bâtiments, Jean-Mi a râlé, prétendant que
c’était lui qui payait l’eau. Il a coupé le tuyau avec un couteau de table à
bout rond. Rien de bien terrible. Trouvant que depuis quelques jours Jean-Mi
n’allait pas bien et multipliait les bêtises, des voisins qui s’inquiétaient
pour lui, avaient contacté l’hôpital qui le suivait. Personne ne pouvait venir
le chercher, il fallait prévenir la police, leur avait-on dit. L’assistante
sociale ne pouvait rien non plus. Ni la mairie, ni personne. Ils ont fini par
appeler la police. La Police nationale et la brigade anti-criminalité (BAC) sont
donc arrivées, trois voitures, une dizaine d’hommes, gilets pare-balles, tonfa
et flash-ball. Un policier a crié à Jean-Mi de donner son couteau, ce qu’apeuré,
il a aussitôt fait. Ils lui ont ensuite demandé de ranger le fourbi qu’il avait
sorti de sa voiture. Il s’est exécuté, faisant quelques pitreries dont les
policiers riaient. Puis, au moment de monter dans la voiture de police, sans
doute terrorisé, Jean-Mi a pris la fuite, pris en chasse par une demi-douzaine
de policiers, les enfants et les jeunes sur leurs talons. Rattrapé, il a été
jeté à terre, menotté, d’abord par devant puis par derrière, tandis que
plusieurs policiers l’écrasaient, la tête au sol, un genou dans le dos et que
l’un d’entre eux lui aurait fait une clé au cou. Jean-Mi se débattait, essoufflé
et terrifié, sous les yeux des jeunes et des enfants rassemblés autour de lui.
Il les a regardés et leur a dit : "Les enfants, je vous aime ". "
Arrêtez ! Vous l’étranglez " hurlaient les jeunes. Jean-Mi est devenu bleu.
Puis il a cessé de se débattre. " Malaise cardiaque, selon la police " (Le
Parisien 09-09-2002).
Jean-Mi était
malade. Son cas relevait des services de santé, pas de la police. Les policiers
sont de toute évidence les moins bien placés pour s’occuper d’un tel cas. Ils
ont appliqué ce qu’on leur enseigne : force doit rester à la police. Toute
la vérité doit être faite sur les zones d’ombre qui demeurent.
Ce que la
presse a publié de l’autopsie du corps de Jean-Mi ne permet pas, paraît-il, de
connaître l’heure ni les causes exactes de sa mort. Les versions des forces de
police, des services médicaux et des témoignages directs divergent. Quelles que
soient les conclusions médicales, Jean-Mi est d’abord mort d’une intervention
violente, inadaptée et inacceptable des policiers qu’on avait chargés d’un
travail pour lequel ils ne sont pas formés.
Cette affaire
révèle tragiquement que les cités populaires sont devenues des déserts sociaux
auxquelles, pour unique réponse, on envoie maintenant la police. Trois jeunes
font du bruit ? Il n’y a pas d’éducateurs, appelez la police. Un môme de
douze ans fait une connerie ? La police. Deux voisins s’engueulent à cause
du bruit ? L’office HLM se fout de l’insonorisation, appelez la police.
Dispute conjugale ou familiale ? Pas d’assistante sociale, voyez la police.
Ce n’est pas de davantage de policiers que les habitants des quartiers et les
jeunes ont besoin. Mais de services sociaux qui fonctionnent, d’éducateurs,
d’assistantes sociales qui aient des moyens, d’une école de qualité, de services
de santé efficaces. Et, par dessus tout, d’un avenir, de l’espoir d’un travail
correct qui leur donne les moyens d’une vie digne. Personne ne le leur donnera.
Au contraire, s’ils laissent faire, la situation ne peut qu’empirer. Et,
puisqu’elle est trop souvent l’interlocuteur unique, les incidents ou les drames
avec la police vont se multiplier.
Il ne s’agit
pas de nier que la vie dans certains quartiers est difficile et qu’il s’y
produit des événements insupportables. Mais de comprendre que la solution ne se
trouve pas dans une répression aveugle et des comportements qui ne peuvent que
rendre les rapports plus brutaux encore.
L’action de la police doit s’exercer dans des cadres précis et contraignants. Lorsque la force publique est nécessaire, elle doit être contrôlée, mesurée et proportionnée à la nécessité, et rien de plus. Dans la dernière période, nous avons le sentiment que ce n’est plus le cas à Châtenay, qu’un engrenage dangereux s’est instauré amenant trop souvent à des drames. Nous souhaitons que tous les Châtenaysiens réfléchissent et restent vigilants, qu’ils soient habitants, élus, responsables de services sociaux ou policiers pour que Châtenay soit une commune paisible.