L'Express du 17/05/2004
Un automobiliste verbalisé
«Humilié par la police...»

Voici une histoire ordinaire, qui en dit long sur certains comportements de la police. Si elle mérite d'être contée, ce n'est en aucun cas pour son caractère dramatique, ni pour atteinte aux droits de l'homme, ni, surtout, pour régler des comptes par voie de presse. C'est pour le principe, ou plutôt pour les principes, ceux-là mêmes que la police bafoue au quotidien, en toute impunité. Vendredi 7 mai 2004, à 10 h 50, un véhicule passe paisiblement devant les Invalides, à Paris. Trois policiers se tiennent là; une femme et deux hommes, dont l'un arbore une paire de Ray Ban, façon série B. Ils arrêtent la voiture, dont le conducteur se montre parfaitement respectueux. Aucune infraction à la circulation n'a été commise, mais le certificat de contrôle technique du véhicule n'est plus valide depuis trois mois. Ce qui vaut, effectivement, procès-verbal, comme l'admet sans discuter l'automobiliste. Contrôle de routine, en somme.

 

Mais voilà, au bout de vingt minutes, temps requis pour remplir, à trois, une fiche d'immobilisation comportant 14 lignes, il y a problème. Ah bon? «On nous dit que votre permis de conduire est suspendu. Vous allez nous suivre.» Un policier monte à bord du véhicule appréhendé et, à la question «Où va-t-on?», répond sans sourciller: «A la mairie du VIIe, pour vérifier ce qui se passe avec votre permis.» Il s'agit d'un mensonge caractérisé. Au bout de 500 mètres dans la direction opposée, l'automobiliste interroge le policier: «Vous verrez bien où on va!» En fait, la destination finale est une sorte de commissariat en sous-sol, installé sous l'esplanade des Invalides. Là, on vérifie... Avant même d'avoir le moindre indice de culpabilité, le citoyen coupable est obligé de s'asseoir, avec interdiction de se lever et de répondre à son téléphone portable qui, pourtant, sonne à plusieurs reprises. On décide de le fouiller et, pour être plus à l'aise, on le transfère dans le local cellulaire. Devant les grilles ouvertes des cachots, l'automobiliste, transformé en prévenu, découvre un véritable chenil: des couvertures sales par terre, aucune couche ni aucun siège dans les cellules... bref, l'antichambre de la taule. Une demi-heure plus tard, un officier de police judiciaire (OPJ) sort de son bureau en disant: «C'est bon, il s'agit d'une erreur. - Une erreur de qui? - De l'ordinateur de la Préfecture de police.» Le prévenu est libéré. Sans un mot d'excuse. Pis, on lui lance: «Estimez-vous heureux, vous auriez pu être arrêté aux frontières!»

 

A quoi joue la police?